La vie aurait pu être simple et belle. On aurait pu ne pas être éternels.

La vie aurait pu être simple et belle. On aurait pu ne pas être éternels.
Prologue.


Ils étaient trois. La vengeance est un plat qui se mange froid, dit-on. Personnellement, je brûlais d'impatience. Avant de les achever, je leur ferai avouer. Et lorsque je L'aurais retrouvée, nous nous mettrions à la recherche de Bill. Enfin, nous serions réunis.

Comme avant.

J'étais encore relativement jeune, inconscient du danger que Les Trois représentaient réellement. Tout ce qui m'importait, c'était leur faire payer. Le plus grand avança d'un pas, un rictus malveillant aux lèvres.

Que le combat commence !


# Posté le samedi 08 novembre 2008 12:30

Modifié le vendredi 14 novembre 2008 12:06

Chapitre 1. Le début d'autre chose.

Chapitre 1. Le début d'autre chose.
(( PDV Bill ))


_ Tout est ta faute!

Nouvelle dispute. Encore. Ces derniers temps, Tom avait particulièrement les nerfs à fleur de peau. Depuis la disparition de notre fille adoptive, tout avait changé. Nous avions porté un regard différent sur le monde. Et il avait commencé à porter un nouveau regard sur moi. La passion et la haine se mêlaient et se déchaînaient à un rythme infernal.

_ Que me reproches-tu au juste cette fois-ci ?
_ De l'avoir laissée partir!
_ Mais on avait pris cette décision ensemble Tom!
_ C'est toi qui m'y a poussé! Je n'aurais jamais du t'écouter, tu as tout fait pour me faire céder et tu as réussi! Tu es satisfait ?

Qu'il rejette la faute sur moi me faisait mal, mais pour lui j'étais prêt à tout, même à lui pardonner ses paroles injustes. Un jour, il comprendrait qu'il lui faudrait vivre sans elle. Un jour, il accepterait la réalité. Un jour, il m'aimerait à nouveau comme il m'avait aimé.

_ Tu sais que c'est faux, soufflai-je, tremblant de tous mes membres.
_ Tu es ridicule, et tu le sais aussi bien que moi!

Son ton était plein de rage, tranchant, comme une lame dont le seul but était de m'ôter la vie petit à petit, pour que je souffre encore plus longtemps.

_ Pourquoi, mais merde, pourquoi Tom ?!

Je criais, soudain incontrôlable. Son regard haineux me mettait hors de moi. Comme si j'étais brusquement devenu quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui lui en voulait.

_ Mais pourquoi quoi ? Cesse de poser des questions si...insensées. Tu sais très bien que personne n'a de réponse, tu sais très bien que même toi tu ne veux pas de réponse, et tu ne sais même pas quelle est ta question! Bordel, ferme-la une bonne fois pour toutes!

J'avais l'impression d'avoir reçu un coup de poing au creux de l'estomac. Je cessai de respirer un instant.

_ Je pensais que toi et moi on serait toujours complices, je pensais avoir fait le bon choix en t'aimant. Je croyais qu'au final on se ressemblait, qu'on pensait les mêmes choses au même moment, que ce genre de disputes ne pourraient jamais exister entre nous. Je croyais qu'on était jumeaux avant d'être amants, Tom.
_ Tu croyais mal!

Lui aussi il criait. Ma mâchoire était compressée, mon souffle était saccadé par la colère qui bouillonnait en moi. Il prit mon carnet intime et le balança contre le mur. Les spirales cognèrent et s'arrachèrent presque. Quelques-unes de mes précieuses feuilles volèrent. Je fermai les yeux et serrai les poings.

_ Tu croyais mal! répéta-t-il d'un ton sans appel.
_ Tu ne m'aimes plus ? demandai-je pitoyablement, après avoir rouvert mes yeux pour contempler le bout de mes chaussures.

J'avais tenté, depuis longtemps cette question me trottait dans la tête, mes yeux se remplirent de larmes avant même d'avoir la réponse.

_ Parfois je me dis que tu n'es bon qu'à baiser Bill...

Un coup de poignard de plus dans la blessure béante de mon c½ur. Tom me toisait à présent, ses yeux étincelant de rage. Impuissant, je regardais la haine emmener loin de moi l'être dont j'avais le plus besoin. J'éprouvais une horrible sensation de déchirement. J'étais sur le point de perdre ma deuxième moitié.


(( PDV extérieur ))


Il avançait, svelte silhouette vêtue de noir traversant la nuit. Elle le suivrait jusqu'au moment où il s'apercevrait de sa présence. Il était pour elle. Elle le désirait et il serait à elle. Son parfum l'enivrait délicieusement. Étrangement familier ? Qu'importe. Elle le voulait.

Enfin, il la remarqua. La ruelle était sombre. Parfait. Elle s'approcha, tandis qu'il observait Sa démarche, féline et assurée.

_ Avez-vous l'intention de me suivre encore longtemps ? s'enquit-il, un brin narquois.

Elle fut un instant désemparée, mais ne le montra pas. Elle reprit vite ses esprits. Il serait merveilleux. Parmi les meilleurs, sans aucun doute.

_ Vous sembliez perdu dans vos pensées, je n'osais pas vous en tirer, répliqua-t-elle sur le même ton.

Elle s'avança un peu plus dans sa direction, mais la faible lueur provenant de la rue principale ne permettait pas tout à fait au jeune homme de deviner Ses traits. Il la fixa sans la voir, silencieux.

_ Votre envie de solitude m'intrigue. Je suis là, devant vous, ne désirez-vous rien d'autre que de vous confiner au mutisme ?

Elle était née pour être magnifiquement belle. Il ne lui résisterait pas, même s'il n'était pas en mesure d'apprécier pleinement Ses charmes plantureux dans cette obscurité. Elle-même, étonnamment, ne distinguait ses traits que de façon imprécise.

_ Voyons, tu n'as pas quinze ans ! se reprit-il.
_ À vrai dire, on m'en attribue seize la plupart du temps. Cela importe-t-il ? Je ne doute pas de ce que je désire. Je ne doute pas de ce que je veux faire à présent non plus.

Elle approcha à sa hauteur. Il ne recula pas. Elle le fascinait bien plus qu'il n'oserait jamais l'admettre. Il en était toujours de même, Elle les attirait ainsi. Malgré tout, celui-ci restait une exception. Il ne la repoussa pas lorsqu'elle posa un envoûtant baiser sur ses lèvres. Il resta figé, comme s'il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Elle sourit, satisfaite de l'effet que Son charme avait sur lui. Le jeu n'en serait que plus amusant. Ses baisers reprirent. Elle effleura ses paupières, fit courir Ses lèvres le long de sa mâchoire. Il rejeta la tête en arrière, lui offrant son cou. Enfin, il cédait. Il lui rendit même ses baisers. Soudain, il la repoussa.

Elle sourit, le regardant s'éloigner sans aucun regret. Ce n'était qu'une question de temps.


(( PDV Bill ))


Qu'avais-je été sur le point de faire ? Tom méritait-il réellement que je le trahisse d'une façon aussi dépravée ? Il m'avait blessé certes, mais je l'aimais toujours comme un fou cet idiot. Et puis, je savais qu'au fond, il souffrait en permanence. Je me refusais de le lui reprocher et j'espérais juste qu'il ne pensait pas ce qu'il m'avait dit. Qu'il comprenait seulement que moi aussi j'étais comme lui, souffrant et trop désemparé de cette situation qui durait depuis près de deux ans pour réfléchir et agir sereinement. Ou alors, encore une fois, je fermais les yeux sur ma réalité, sur sa réalité.

Je rentrai chez nous dans un état second. Tom était déjà couché. Je me précipitai dans la salle de bain, avide de laver mon corps de ma faute. Après une douche brûlante, je m'autorisai à affronter mon reflet dans le grand miroir. Je m'inspirais le dégoût. Je n'avais qu'une envie, c'était de détourner le regard. Seulement, une chose m'en empêcha. J'avais remarqué plusieurs marques sur mon cou, ainsi qu'une autre, moins précise, au niveau de ma mâchoire. Je craignais la réaction de Tom si jamais il les remarquait. Comment allais-je m'en sortir ? Mon cerveau s'enflammait presque, ma gorge se serra, mon estomac n'en faisait plus qu'à sa tête. J'allais vomir, j'allais pleurer, j'allais mourir. Plus rien n'avait de sens. A mes dix-neuf ans des papillons logeaient mon ventre pour me rendre euphorique d'elle. Aujourd'hui ces papillons étaient morts depuis longtemps pour laisser place à du regret et énormément de colère envers moi-même, lui, et tout ce qui touchait à elle. Je savais pourtant si bien que les papillons étaient éphémères.

Je me laissai glisser dos au mur et libérai les larmes que je retenais depuis trop longtemps. Pourquoi tout était devenu si compliqué ? Des milliers de questions insensées tournoyaient dans ma tête, si bien que je ne parvenais pas à réfléchir, ni même à penser correctement. Je me relevai, mû par une force indicible, et quittai la salle de bain. Je ne sentais même plus mon corps, j'avais la sensation de voler. Dans le couloir, j'hésitai un instant. Valait-il mieux que je dorme sur le canapé ? Quelque chose me poussa à entrer dans la chambre. Tom regrettait certainement, comme après chaque dispute.

Sans un bruit, je me glissai sous les draps, près de lui. Il ne se réveilla pas, mais se retourna vers moi. Mes lèvres effleuraient son cou. Son parfum chatouillait sensiblement mon odorat, pénétrant jusque dans ma gorge pour mieux me brûler. C'est à ce moment que je décidai de partir.

Je ne réfléchis pas à ce que je fis. Si je le faisais, c'était fini. Vite, j'attrapai mon sac à dos favori, qui traînait au pied du lit. J'y fourrai quelques affaire, le strict minimum dont j'aurais besoin. Je descendis en trombe au rez-de-chaussée, me dirigeai vers la cuisine sans un regard en arrière. Si je le faisais, c'était fini. Je me forçai immédiatement à me focaliser sur ma résolution. J'ouvrai un des placards, attrapai deux, trois choses à manger à la va-vite, avant de fermer mon sac. Je me précipitai vers la porte. Je devais y arriver. Sur le seuil, j'hésitai. Une fraction de seconde qui aurait pu signer La Fin. Mais bien heureusement, ma raison l'emporta et je quittai l'appartement à grandes enjambées. Plus la distance entre lui et moi serait grande, moins j'aurais envie de revenir. Du moins, je l'espérais de tout c½ur. Si j'avais encore un c½ur... Je me mis à courir. Il fallait que je me concentre sur autre chose. Laisser mes pensées vagabonder au gré de leurs envies m'étais dorénavant impossible. Interdit.

Je courus longtemps, sans que la fatigue se fasse ressentir dans mon corps. J'en vins à me poser de plus en plus de questions sur cette force qui continuait de me porter. Toujours plus loin.


(( PDV extérieur ))


Lorsqu'il fut assez loin, elle se remit à le suivre, sans qu'il ne se doute de rien. Il était trop préoccupé, pauvre chou. Elle sourit. Il n'était pas au bout de ses peines. Heureusement, elle serait à ses côtés. Il en avait de la chance. C'était beaucoup mieux que d'avoir à supporter les ires de Nathanaël. Elle frissonna à cette seule pensée, mais revint vite à la réalité. La rue dans laquelle s'était engagé le jeune homme était familière. Bien trop familière. Le chemin qu'il empruntait s'offrait à elle comme une évidence à présent. Une horrible et tragique évidence. Elle s'arrêta. Il se dirigeait toujours dans la même direction. La pire des directions. Elle se remit en route, mais choisit de faire un détour. À quoi bon continuer de le suivre, Elle savait parfaitement où il allait. Elle parcourut rapidement les mètres qui les séparaient du luxueux appartement. Une fois à destination, elle sauta souplement sur le mur, au fond du jardinet. Les jambes dans le vide, camouflée par les ombres, elle patienta jusqu'à ce qu'il arrive enfin. Bien qu'elle fut certaine de son identité, la vision de son visage révélé par la lumière des lampadaires la choqua.

_ Bill, souffla-t-elle.

Elle le regretta aussitôt. Il l'avait entendu. Elle ne savait comment, mais il l'avait entendue. Il tourna la tête dans sa direction sans la distinguer réellement. Tout allait de travers cette nuit. Comment avait-elle pu gâcher ce qu'elle avait entrepris depuis tout ce temps ? Elle avait toujours voulu les tenir en dehors de tout cela. Il était trop tard à présent. Elle ne pouvait rien faire. Bill n'avait pas tergiversé longtemps sur ce qu'il avait entendu, il était rentré. Une nouvelle évidence la frappa alors. Elle n'avait pas à s'en faire. Ils se retrouveraient très bientôt.



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Voici donc notre premier chapitre. Ce que nous attendons ? Ce n'est pas bien compliqué, nous souhaitons que vous donniez vos avis, qu'ils soient bons ou mauvais (dans un commentaire constructif si possible), en clair que vous réagissiez à nos textes. Un auteur aime à savoir que ses mots ne laissent pas insensible.
Mettons tout de suite les choses au point : pas de liste interminable de personnes à prévenir. Si vous souhaitez suivre EternElleYaoi, il vous suffira de laisser un commentaire sur chaque dernier article. Une dernière chose : Iléna et moi ferons de notre mieux pour poster régulièrement, mais avec les cours, c'est un peu compliqué d'écrire en permanence (j'imagine que nous ne sommes pas les seules dans ce cas, n'est-ce pas ?). En espérant vous faire rêver un moment,

SK.

Rien à rajouter. Iléna (qui a un tout petit peu participé à l'écriture de ce premier chapitre, donc les compliments iront à SK). En espérant que vous ayez passé un bon moment.

Iléna a quasiment écrit la dispute entière et elle a écrit un énorme passage du point de vue de Bill. Tout ce qu'elle me propose est merveilleux ! On peut la complimenter aussi ;D

# Posté le dimanche 09 novembre 2008 15:22

Modifié le mercredi 03 décembre 2008 09:44

Chapitre 2. Tout ça à cause d'une fille.

Chapitre 2. Tout ça à cause d'une fille.
(( PDV extérieur ))


L'attente lui parut indéfiniment longue. Que faisait Bill, enfin ? Nerveusement, ses ongles claquaient sur le mur où elle était toujours perchée. Ce n'était pas normal. Que se passait-il ?

Finalement, elle aperçut une silhouette quitter l'appartement en trombe. Si rapidement qu'elle faillit ne pas le voir. Qu'avait-il donc derrière la tête ? Elle s'apprêtait à le suivre afin de l'arrêter, lorsqu'elle sentit un frôlement dans son dos.

_ Cela faisait longtemps, non ? remarqua Nathanaël d'un ton doucereux en désignant la maison, avant de s'installer près d'Elle.

Elle réprima une grimace dégoûtée et fit mine de ne pas avoir entendu. Mais elle ne pourrait pas lui échapper. Heureusement pour Bill, il avait disparu très vite, Nathanaël ne l'avait certainement pas vu. De toute façon, il n'avait d'yeux que pour Elle lorsqu'elle se trouvait dans les parages.

_ Comment m'as-tu trouvée ?
_ Il était temps...
_ Je me fiche totalement de tes prédictions à la noix, tu as juré. Maintenant, va-t'en !

Nathanaël esquissa un sourire.

_ Allons ma chère, ne soit pas autant sur la défensive.

Elle leva ses grands yeux vers le ciel d'un noir d'encre. Il fallait qu'elle parte. Ainsi, Nathanaël la suivrait, il n'avait rien à faire ici. D'un bond félin, elle se retrouva en bas du mur, du côté de la rue. Nathanaël en fit évidemment de même.

_ Alors ? J'attends toujours ta réponse. Comment m'as-tu trouvée ?

Elle redoutait qu'il ne l'ait suivie depuis le début, mais il n'en semblait rien. Nathanaël avait pris un air nostalgique qui paraissait totalement faux.

_ La première nuit, tu es venue te réfugier ici, sur le même mur.
_ Tu m'avais espionnée ! Tu es vraiment sournois ! Je...
_ Tu t'emportes à nouveau ma chère, coupa Nathanaël, soudain menaçant. D'ailleurs, je te signale que tu me dois le respect.
_ Si tu veux que je te respecte, fais-en de même avec moi ! Tu avais juré de ne plus jamais me suivre, tu avais promis d'attendre que je rentre ! Passes-tu donc ton temps à me mentir ? Ne me parle pas d'amour s'il en est ainsi. Pour moi, tu n'es de toute façon rien d'autre que le geôlier de la prison dans laquelle tu m'as envoyée.

Nathanaël partit d'un grand rire qui résonna lugubrement dans la nuit froide.

_ Tu dramatises toujours autant, se moqua-t-il. Tu verras, un jour tu me remercieras.


(( PDV Tom ))


Un frisson envahit mon corps et mes paupières s'ouvrirent pour arrêter mon regard sur ce foutu réveil indiquant midi. J'avais du dormir cinq heures, peut-être quatre. En réalité c'était d'une futilité absurde, je m'en contrefoutais. Des choses bien plus importantes occupaient mon esprit déjà assez embrouillé. La nuit avait était si longue et mon sommeil tellement court. Il devait s'en vouloir, comme après chaque dispute. Et je m'en voulais aussi. Je ne comprenais pas pourquoi cette fois-ci il n'était pas rentré. Il avait besoin de prendre l'air, de fumer, de crier, de pleurer où simplement de respirer. C'était devenu habituel, comme si cela faisait partie de nos vies. C'était ridiculement atroce mais c'était notre routine dans cette vie monotone.

Lui et Moi c'était quoi ? Je ne voulais pas de réponse, ayant trop peur de la réaliser et de l'assumer. J'étais tout de même résolu à croire que le "Nous" ne représentait plus grand chose à part des blâmes et des critiques incessants. Le temps de ce couple autrefois heureux et si complice était définitivement révolu. Lui et Moi c'était tout ou rien. En ce moment c'était plutôt – et surtout – rien. Notre pauvre vie, que nous avions tant essayé de construire envers et contre tout avec fierté et acharnement, ne se résumait plus qu'à essayer de s'aimer encore. Notre vie était basée sur une explosion de haine entre amants....et jumeaux, peut-être jumeaux. Et je crois que c'est cela qui nous détruisait le plus. Nous n'avions plus aucune limite entre la fraternité et le sexe. Nous ne savions plus quand nous devions être frères et quand il fallait être amoureux. Cela avait ce goût si étrange et une odeur presque malsaine, mais c'était beaucoup trop vital pour cesser quoi que ce soit. Quelle vie merdique. Nous avions toute la vie pour nous aimer, il nous restait toute une vie pour pleurer.

Il savait pourtant que je m'en voulais, j'en étais certain. Il le savait toujours, tout comme moi je le savais pour lui. Alors il serait revenu, on aurait dormi ensemble après milles excuses pour tenter d'oublier que notre vie se réduisait seulement à être la salle d'attente de notre mort. Il aurait été si beau dans mes bras puis sous moi. Il a fallu qu'il fasse autrement. Bill était toujours impulsif mais dans ce genre de situations il gardait malgré tout une part de lucidité qui le faisait rentrer. Qu'avait-il bien pu se passer pour que cette fois-ci, et uniquement cette fois-ci, il décide de tout foutre en l'air ?

Si il était parti c'est qu'il le jugeait bon et cette fatalité me fit paniquer de plus belle. Bill jugeait juste que nous soyons séparés. Cette phrase sonnait tellement faux. Moi, j'étais à des millions, même des milliards, de kilomètres de penser une chose pareille. Comment avait-il pu imaginer, ne serait-ce qu'une seule minuscule seconde, cet affreux scénario? Même la mort n'aurait jamais pu y arriver. J'étais seul et totalement perdu. Il me manquait une partie de moi, et pas la plus négligeable. Mes sens étaient anormalement sous-développés. C'était si difficile à avouer, surtout pour ma fierté masculine, mais sans Bill... je n'étais qu'un pauvre pantin inanimé, un corps sans âme, un jumeau sans son double, un amant sans amoureux. En réalité je n'étais plus rien. Et Dieu savait combien la réalité était triste.

Un courant d'air glaça mon visage. Je ramenai théâtralement un bout de la couverture sur mon visage et m'enfouis dans le lit, essayant de trouver un peu de chaleur. Rien à faire. Tout était aussi glacial que mes sentiments. Les volets n'étaient pas rabattus et la fenêtre était ouverte. Le ciel était si gris, le pluie laissait place à de petits flocons. Les nuages persistaient. C'était réellement un jour de désespoir. Notre lit semblait ridiculement vide. Mon bras gauche s'étira, espérant atteindre le corps chaud et étroit de mon frère. Peine perdue. Macabrement perdue. Comme cette petite vie interdite.

La sonnerie de mon téléphone me tira de mes songes, avidement. Je courus avec hâte jusqu'à cet immense salon, en caleçon. Ici aussi, la lumière passait sans difficulté à travers la grande et large baie vitrée. Le ciel était encore plus gris de ce côté-ci. C'était réellement un jour de tristesse. Je cherchais mon téléphone un peu partout. La pièce finit vite sens dessus-dessous. La sonnerie ne retentit plus. J'espérais pourtant tellement trouver la douce voix de Bill au bout du fil.

Mon dos glissa avec mal le long du mur de la salle de bain. J'attendais qu'il sonne à nouveau, complètement recroquevillé sur mes genoux nus, triturant ce pauvre écran et pensant à Bill. J'essayais encore de l'appeler, mais sans succès. Cela sonnait dans le vide pour laisser place à sa messagerie. Je pouvais au moins écouter sa voix sur le répondeur. C'était le début d'une infime chance.

Je serrai mes poings en repassant exactement notre scène de la veille. Ses mots, les miens, les nôtres, mais surtout les miens. Comment avais-je pu lui dire ces choses si horribles ? Étais-je réellement ce monstre ? Ma lèvre inférieure se déchira sous la pression de mes dents sur mon piercing, un goût de métal se répandit à l'intérieur de ma bouche et le sang finit de couler le long de mes cuisses.

Le téléphone sonna une deuxième fois et je m'empressai de répondre sans prendre la peine de regarder la provenance de l'appel. Je n'eus même pas le temps de dire quoi que ce soit qu'une voix aiguë et désagréable m'aboya dessus. J'éloignais instinctivement l'appareil de mon oreille.

_ Tom! Nom de Dieu, mais qu'est-ce que tu fais à la fin? Dis-moi où tu es! C'est quoi ce plan ? Tom, Merde! Tu aurais pu appeler! Ça fait bientôt quatre heures que je t'attends. Tu fais vraiment chier.
_ Cesse de crier Vanessa, je ne viens pas.
_ Comment ça tu ne viens pas ? Tom, c'est une blague ? C'est TOUT sauf professionnel! La conférence de presse commence à 14h00. J'espère que ton dossier est prêt, on aurait dû le préparer ensemble ce matin. Tom, tâche d'y être et ne me refais jamais ça.
_ Je suis malade, c'est dommage.
_Comment veux-tu devenir un grand journaliste si tu loupes ta première conférence de presse avec le président des États-Unis ? Explique-moi comment tu fais pour garder ton calme dans une situation pareille. Tom, merde, merde, merde! Dépêche-toi où je viens moi-même de chercher, pauvre con.
_ Ta gueule. J'ai la tête en feu. J'arrive.

Elle recommença une longue tirade de reproches. Je lui raccrochai au nez. C'était souvent très pénible de faire équipe avec une femme. Peut-être que cette conférence me tirerait de ma tristesse devenue macabre. Peut-être qu'elle me ferait échapper à ces nombreuses idées sombres tournoyantes dans mon cerveau. Peut-être qu'en rentrant, Bill serait sur le canapé, un chocolat chaud fumant et brûlant ses doigts, en train de regarder cette émission américaine qui le fait tant rêver. Peut-être alors que je sourirais comme un enfant en venant l'embrasser. Peut-être. Ce mot était si étrange. Il était tellement hypocrite, rempli à la fois d'espoir et de désespoir. Je le haïssais autant que je l'adorais. Ce mot ressemblait tant à Bill. Je le haïssais d'être parti, je l'adorais d'être ce qu'il était

Cette conférence de presse était également une opportunité à ne pas rater. Peu d'étudiants en journalisme avaient la chance de rencontrer le président des États-Unis, surtout à 26 ans, en sortant tout juste d'une grande école Allemande.

J'enfilai un jean, une chemise blanche et sa veste de costume noire. J'attachai mes « locks » en queue de cheval haute. Un taxi me déposa devant les bâtiments du journal. Je montai chaque marche avec une nonchalance exécrable. Vanessa semblait m'attendre impatiemment au troisième étage, du haut de ses escarpins très laids, le visage glacial. Comme si j'avais besoin de cela, ce jour là.
_14h01, me reprocha-t-elle.
_ Enfer et Damnation!
_ Tom, si tu veux rater ta vie professionnelle, c'est ton choix, mais assume-le seul. Ne m'implique plus jamais dans tes galères.
_ Tu n'as aucun ordre à me donner et c'est toi qui a voulu faire équipe avec moi. J'aurais largement pu me débrouiller seul.
_ Facile quand on est pistonné.
_ Conneries!
_ Tu n'aurais pas pu te débrouiller seul sans être pistonné ou avec moi. Regarde-toi! Tu n'es même pas capable de mettre un costume pour une conférence. C'est quoi cette veste de pédé ? Et tes locks, c'est du délire. Tu ne fais vraiment pas sérieux. Je t'emmène chez le coiffeur en sortant. Je n'accepte pas de faire équipe avec un cas sociale comme toi.
_ Mais bon Dieu, tu n'es pas ma mère! Je n'y crois pas. Mes dreads sont géniales et ce n'est certainement pas toi qui me les enlèvera. Quant à ma veste, ne t'avise plus jamais de la critiquer, elle appartient à Bill.
_ C'est exactement ce que je disais. Veste de pédé.
_ Ferme-là Vanessa. Tu n'es pas digne d'une gamine de six ans.
_Tu as de la chance que le président soit en retard. Et cesse de tant diviniser ton frère, je pourrais croire que tu es amoureux.
_Sale pute.
_ Tom, surveille ton langage. Le rédacteur en chef serait outré d'apprendre que tu traites ta coéquipière ainsi.
_ Il serait surtout très étonné d'apprendre que tu t'es mise avec moi par jalousie par rapport aux autres filles du journal, tout ça parce que tu es amoureuse de moi. Je n'ai jamais voulu de toi alors tu me mènes la vie impossible.
_ Ne prends pas tes rêves pour des réalités, Tom.
_ Très bien, je change de coéquipière juste après la conférence.
_ C'est impossible.
_ Rien n'est impossible, dis-je en ouvrant la porte vitrée de la salle de réunions.


(( PDV Bill))


Je marchais, dépourvu de toute sensation. En vérité mon c½ur battait la chamade et ma tête était un tourbillon d'émotions mais je m'empêchais de réfléchir à quoi que ce soit. Alors je marchais, déterminé à tout oublier. C'était tellement facile à dire « j'oublie tout », mais dans la pratique c'était tout autrement compliqué. Un junkie ne peut pas être clean du jour au lendemain. C'était pareil pour moi, je ne pouvais pas oublier qu'elle avait disparu et que mon histoire avec mon frère jumeau ne ressemblait plus du tout à rien. En tout cas, rien de très positif pour la suite. Avait-elle réellement disparu ? On aurait pu croire à une fugue, c'est vrai, elle n'avait que 14 ans, et quand elle me parlait de son adolescence, elle décrivait cette période comme quelque chose d'horrible, elle était insatisfaite, elle se cherchait et ne se trouvait définitivement pas. Mais elle me disait combien elle nous aimait, Tom et moi. Elle disait qu'on était les meilleurs parents du monde, de par notre jeune âge je pense, elle nous adorait vraiment. Jamais elle n'aurait décidé de nous quitter. Alors elle avait peut-être mal tourné avec ses amis, peut-être qu'elle s'était faite enlever, peut-être qu'elle était morte. Des larmes se mirent à couler le long de mes joues et ne purent s'arrêter. Bordel, et tout cela, c'était de notre faute, et chacun le mettait sur le dos de l'autre pour soulager sa souffrance. A présent, j'étais l'être humain le plus paumé de la planète. Rien ne se déroulait comme je l'espérais. Voilà deux ans que ma fille ne faisait plus partie de notre quotidien. Voilà deux ans que notre vie n'était rien qu'un tas de merde. Voilà deux ans que je pleurais, sans cesse. Jamais une journée sans larmes, jamais une journée sans cris, jamais une journée sans disputes, jamais une journée de repos. Et surtout, jamais une journée où un policier aurait pu venir m'annoncer « ça y est, on l'a retrouvée ». Ces salauds ne bougeaient pas leur cul depuis deux ans. Ils avaient de la chance que Tom et moi soyons courageux, ils auraient pu avoir deux suicides sur leur dos.

C'est vrai, ce soir là, avec Tom, c'était particulièrement étrange. La dispute avait pourtant commencé comme les fois précédentes. Mais il régnait cette atmosphère indescriptible. J'étais parti et sans savoir comment, je m'étais retrouvé dans cette rue, avec cette fille. Et Dieu sait combien elle était belle. Même sous l'ombre de la lune, son visage d'enfant la rendait bien plus adulte que n'importe quelle autre. Elle me suivait et elle était bien trop mystérieuse pour que je ne m'y intéresse pas. Ce soir là, je ne sais pas ce qui m'a pris, mais j'ai embrassé cette gamine. J'avais 26 ans, elle disait en avoir 16. J'étais rentré, seul. J'étais ressorti, seul également. Tom ne méritait rien de ce qui se produisait autour de moi. Je me sentais tellement faible, et quelque chose d'irréel me poussait à quitter Tom, au moins pour cette nuit. Par peur, je l'avais quitté. J'étais si lâche. N'osais-je même plus affronter mon frère ? Non, c'était impossible, après toutes ces années. C'était bien la première fois que je ne revenais pas. La journée passa. Je pensais à Tom à chaque instant. Je n'avais plus rien. C'était encore pire que ce que j'avais vécu pendant ces deux longues années. A présent, je n'étais qu'un microbe dans cette ville. Sans argent, sans maison, sans amour, sans Tom, sans elle, sans c½ur, sans tête. Un microbe qui gêne bien qu'il soit invisible. Je ne cessai jamais de penser à Tom. Il devait sans arrêt tenter de m'appeler et encore se faire engueuler par cette salope de Vanessa.

Elle, me suivait. Ou du moins, j'en avais l'impression. Je devenais complètement paranoïaque.
J'en étais même venu à jeter mon portable dans une poubelle publique par peur qu'on me suive depuis les satellites. Quel genre d'être étais-je à ce moment précis ? J'avais peur de moi-même, encore plus des autres. Mon crâne devenait insupportable, des milliers de voix hurlaient à l'intérieur, mêlées à de multiples cris et pleurs. Je fermai les yeux un instant, m'arrêtant au milieu du boulevard. Mon front se plissa, mes membres vibrèrent, et je me mis à courir aussi vite que possible avant de flancher. Qui étais-je ? Je m'arrêtai, relativement essoufflé, dans une petite rue qui me paraissait jolie à première vue. Je frottai mes paupières avec force, mes yeux étaient sans cesse humides, mes lèvres tremblèrent. Mes joues étaient glacées mais j'avais tellement chaud. Ma gorge était aussi sèche que si j'avais traversé le Sahara à pied sans trouver cette foutue oasis. J'avais soif, mon estomac n'écoutait que lui. Mes doigts gigotaient et mes genoux ne se calmaient pas. Je devenais fou. Paranoïaque et maintenant schizophrène. Et tout ça à cause de quoi ? D'un putain de baiser avec une gamine! Non, non, bien sur que non. C'était totalement irréel. C'était juste que mon corps était à bout, autant que mon esprit, à force de souffrir durant deux ans. Ça devait être obligatoirement cela. C'était d'ailleurs étonnant de ne pas avoir lâché avant. Tom ressentait-il lui aussi tout cela ? J'aurais juré que oui. Nous étions jumeaux et chacun ressentait tout de l'autre. Nos corps mourraient ensemble. Cette pensée me fit sourire, il y avait au moins quelque chose pour me rattacher à lui.

Cette rue devenait moins jolie, c'était bizarre. La nuit était tombée, et il y avait peu de gens ici. Je m'adossai contre une paroi lorsqu'une fille m'aborda. Plutôt mignonne, grande et mince, portée par d'interminables talons et habillée très légèrement pour un mois de décembre. Elle avait un corps d'adolescente et n'était pas du tout attirante, du moins pour moi. C'était con, j'étais homosexuel, évidemment que cette fille ne m'attirait pas. Pourtant, la veille, j'avais embrassé une gamine.

_ Tu devrais dégager d'ici.
_ Pardon ?

Était-elle venue vers moi juste pour me dire de partir ?

_ Pars. Il pourrait t'arriver des trucs pas cool.

Je me relevai et me mis à sa hauteur. Du haut de mes 1 mètre 83 je la dépassai de quelques centimètres. Une vague de colère déferla en moi et je faillis la gifler. Finalement je me mis à la secouer fortement en criant si fort que même des larmes coulèrent à nouveau sur mes joues.

_ Bordel! Tout le monde est dingue dans cette ville ? Cette rue est-elle uniquement à toi ? Je vais où je veux et ne me dis plus jamais de dégager!

Je la lâchai et elle me frappa. Plutôt fort. J'avais mal. Mais je ne sentais rien. Comparé à ma douleur intérieur, cette gifle était une douce caresse.

_ Cette rue est la nôtre. À moi, et à toutes ces putes que tu vois là.

Mes yeux regardèrent alors tout autour. C'était si moche. Il y en avait des dizaines. Je détestais réellement cela.

_ Si c'est la première fois que tu viens faire le trottoir, dégage. Ici, c'est réservé aux professionnelles.
_ Bordel, mais je ne suis pas une putain!
_ Désolée alors, mais ici, aucune n'est lesbienne et n'accepterait de baiser avec une fille.
_ Mais je ne suis pas non plus un client. Et je suis....Je suis un garçon.
_ Tu comprends ce que je te dis ou pas ? Tu dégages d'ici de suite. T'as rien a y faire visiblement. Tu gênes plus qu'autre chose... Sale pédé.

Je voulus la gifler, mais pour la première fois de la journée, mon cerveau commença à fonctionner et un peu de lucidité vint s'y loger pour m'éviter cette foutue gifle. Pourtant, quelque chose restait en moi. Quelque chose de dangereusement déterminé. Quelque chose de monstrueux. Mon esprit se troubla brusquement, je ne contrôlais plus rien. Je dus me retenir au mur pour ne pas flancher. Et cette idiote qui restait devant moi! Je sentais l'arôme de sa fragrance qui m'envahissait, me faisait perdre la tête. Je fus pris d'une nausée atroce, tandis que mes entrailles se tordaient en tous sens. Le parfum m'incendiait la gorge, me brûlait les veines. Au prix d'un effort considérable, je cessai de respirer. Il fallait que je quitte cet endroit à tout prix. Je bousculai la fille, avant de m'enfuir sans me retourner. Je m'obligeai à ne pas penser à ce qu'il adviendrait si je relâchais ma vigilance. Mais bon Dieu, qu'avais-je fais pour mériter ces souffrances ? La Chose se calma et je pus enfin m'arrêter afin de reprendre ma respiration, pour finalement m'apercevoir que j'étais encore plus égaré qu'auparavant. À nouveau, j'eus envie d'éclater en sanglots. Je pensai même à appeler Tom, avant de me souvenir que mon portable avait fini dans une poubelle municipale. Un instant, je songeai à rentrer à la maison, mais ma raison me souffla ce que je m'étais interdit. Je m'affalai alors sous un porche, pleinement conscient de la situation merdique dans laquelle je me trouvais. Je me contins de jurer à tout va, et m'obligeai à réfléchir. Je n'avais nulle part où aller, pas d'argent, pas de téléphone, j'avais totalement perdu de vue qui j'étais et je n'avais aucune emprise sur ce que je devenais. Mais une chose au moins était certaine : il fallait que je la trouve, Elle, la cause de tout cela.



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Enfin !! Il est là ce deuxième chapitre !! Veuillez nous pardonner de l'énorme retard que nous avons pris, qui est de ma faute, je dois bien l'avouer. Malgré quelques soucis personnels, j'espère vraiment que nos écrits vous plairont. Nous attendons toujours vos avis, encore merci d'aimer cette histoire avec nous. En espérant vous intriguer,

SK.


Je crois que SK a tout dit ;)
Je vous souhaite à tous d'excellentes fêtes. Et on va essayer d'être moins longues pour les chapitres à venir. Voilà une bonne résolution pour 2009.
Don't Worry, Be Happy.

Iléna.

# Posté le dimanche 16 novembre 2008 15:18

Modifié le samedi 20 décembre 2008 07:24