(( PDV Bill ))
_ Tout est ta faute!
Nouvelle dispute. Encore. Ces derniers temps, Tom avait particulièrement les nerfs à fleur de peau. Depuis la disparition de notre fille adoptive, tout avait changé. Nous avions porté un regard différent sur le monde. Et il avait commencé à porter un nouveau regard sur moi. La passion et la haine se mêlaient et se déchaînaient à un rythme infernal.
_ Que me reproches-tu au juste cette fois-ci ?
_ De l'avoir laissée partir!
_ Mais on avait pris cette décision ensemble Tom!
_ C'est toi qui m'y a poussé! Je n'aurais jamais du t'écouter, tu as tout fait pour me faire céder et tu as réussi! Tu es satisfait ?
Qu'il rejette la faute sur moi me faisait mal, mais pour lui j'étais prêt à tout, même à lui pardonner ses paroles injustes. Un jour, il comprendrait qu'il lui faudrait vivre sans elle. Un jour, il accepterait la réalité. Un jour, il m'aimerait à nouveau comme il m'avait aimé.
_ Tu sais que c'est faux, soufflai-je, tremblant de tous mes membres.
_ Tu es ridicule, et tu le sais aussi bien que moi!
Son ton était plein de rage, tranchant, comme une lame dont le seul but était de m'ôter la vie petit à petit, pour que je souffre encore plus longtemps.
_ Pourquoi, mais merde, pourquoi Tom ?!
Je criais, soudain incontrôlable. Son regard haineux me mettait hors de moi. Comme si j'étais brusquement devenu quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui lui en voulait.
_ Mais pourquoi quoi ? Cesse de poser des questions si...insensées. Tu sais très bien que personne n'a de réponse, tu sais très bien que même toi tu ne veux pas de réponse, et tu ne sais même pas quelle est ta question! Bordel, ferme-la une bonne fois pour toutes!
J'avais l'impression d'avoir reçu un coup de poing au creux de l'estomac. Je cessai de respirer un instant.
_ Je pensais que toi et moi on serait toujours complices, je pensais avoir fait le bon choix en t'aimant. Je croyais qu'au final on se ressemblait, qu'on pensait les mêmes choses au même moment, que ce genre de disputes ne pourraient jamais exister entre nous. Je croyais qu'on était jumeaux avant d'être amants, Tom.
_ Tu croyais mal!
Lui aussi il criait. Ma mâchoire était compressée, mon souffle était saccadé par la colère qui bouillonnait en moi. Il prit mon carnet intime et le balança contre le mur. Les spirales cognèrent et s'arrachèrent presque. Quelques-unes de mes précieuses feuilles volèrent. Je fermai les yeux et serrai les poings.
_ Tu croyais mal! répéta-t-il d'un ton sans appel.
_ Tu ne m'aimes plus ? demandai-je pitoyablement, après avoir rouvert mes yeux pour contempler le bout de mes chaussures.
J'avais tenté, depuis longtemps cette question me trottait dans la tête, mes yeux se remplirent de larmes avant même d'avoir la réponse.
_ Parfois je me dis que tu n'es bon qu'à baiser Bill...
Un coup de poignard de plus dans la blessure béante de mon c½ur. Tom me toisait à présent, ses yeux étincelant de rage. Impuissant, je regardais la haine emmener loin de moi l'être dont j'avais le plus besoin. J'éprouvais une horrible sensation de déchirement. J'étais sur le point de perdre ma deuxième moitié.
(( PDV extérieur ))
Il avançait, svelte silhouette vêtue de noir traversant la nuit. Elle le suivrait jusqu'au moment où il s'apercevrait de sa présence. Il était pour elle. Elle le désirait et il serait à elle. Son parfum l'enivrait délicieusement. Étrangement familier ? Qu'importe. Elle le voulait.
Enfin, il la remarqua. La ruelle était sombre. Parfait. Elle s'approcha, tandis qu'il observait Sa démarche, féline et assurée.
_ Avez-vous l'intention de me suivre encore longtemps ? s'enquit-il, un brin narquois.
Elle fut un instant désemparée, mais ne le montra pas. Elle reprit vite ses esprits. Il serait merveilleux. Parmi les meilleurs, sans aucun doute.
_ Vous sembliez perdu dans vos pensées, je n'osais pas vous en tirer, répliqua-t-elle sur le même ton.
Elle s'avança un peu plus dans sa direction, mais la faible lueur provenant de la rue principale ne permettait pas tout à fait au jeune homme de deviner Ses traits. Il la fixa sans la voir, silencieux.
_ Votre envie de solitude m'intrigue. Je suis là, devant vous, ne désirez-vous rien d'autre que de vous confiner au mutisme ?
Elle était née pour être magnifiquement belle. Il ne lui résisterait pas, même s'il n'était pas en mesure d'apprécier pleinement Ses charmes plantureux dans cette obscurité. Elle-même, étonnamment, ne distinguait ses traits que de façon imprécise.
_ Voyons, tu n'as pas quinze ans ! se reprit-il.
_ À vrai dire, on m'en attribue seize la plupart du temps. Cela importe-t-il ? Je ne doute pas de ce que je désire. Je ne doute pas de ce que je veux faire à présent non plus.
Elle approcha à sa hauteur. Il ne recula pas. Elle le fascinait bien plus qu'il n'oserait jamais l'admettre. Il en était toujours de même, Elle les attirait ainsi. Malgré tout, celui-ci restait une exception. Il ne la repoussa pas lorsqu'elle posa un envoûtant baiser sur ses lèvres. Il resta figé, comme s'il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Elle sourit, satisfaite de l'effet que Son charme avait sur lui. Le jeu n'en serait que plus amusant. Ses baisers reprirent. Elle effleura ses paupières, fit courir Ses lèvres le long de sa mâchoire. Il rejeta la tête en arrière, lui offrant son cou. Enfin, il cédait. Il lui rendit même ses baisers. Soudain, il la repoussa.
Elle sourit, le regardant s'éloigner sans aucun regret. Ce n'était qu'une question de temps.
(( PDV Bill ))
Qu'avais-je été sur le point de faire ? Tom méritait-il réellement que je le trahisse d'une façon aussi dépravée ? Il m'avait blessé certes, mais je l'aimais toujours comme un fou cet idiot. Et puis, je savais qu'au fond, il souffrait en permanence. Je me refusais de le lui reprocher et j'espérais juste qu'il ne pensait pas ce qu'il m'avait dit. Qu'il comprenait seulement que moi aussi j'étais comme lui, souffrant et trop désemparé de cette situation qui durait depuis près de deux ans pour réfléchir et agir sereinement. Ou alors, encore une fois, je fermais les yeux sur ma réalité, sur sa réalité.
Je rentrai chez nous dans un état second. Tom était déjà couché. Je me précipitai dans la salle de bain, avide de laver mon corps de ma faute. Après une douche brûlante, je m'autorisai à affronter mon reflet dans le grand miroir. Je m'inspirais le dégoût. Je n'avais qu'une envie, c'était de détourner le regard. Seulement, une chose m'en empêcha. J'avais remarqué plusieurs marques sur mon cou, ainsi qu'une autre, moins précise, au niveau de ma mâchoire. Je craignais la réaction de Tom si jamais il les remarquait. Comment allais-je m'en sortir ? Mon cerveau s'enflammait presque, ma gorge se serra, mon estomac n'en faisait plus qu'à sa tête. J'allais vomir, j'allais pleurer, j'allais mourir. Plus rien n'avait de sens. A mes dix-neuf ans des papillons logeaient mon ventre pour me rendre euphorique d'elle. Aujourd'hui ces papillons étaient morts depuis longtemps pour laisser place à du regret et énormément de colère envers moi-même, lui, et tout ce qui touchait à elle. Je savais pourtant si bien que les papillons étaient éphémères.
Je me laissai glisser dos au mur et libérai les larmes que je retenais depuis trop longtemps. Pourquoi tout était devenu si compliqué ? Des milliers de questions insensées tournoyaient dans ma tête, si bien que je ne parvenais pas à réfléchir, ni même à penser correctement. Je me relevai, mû par une force indicible, et quittai la salle de bain. Je ne sentais même plus mon corps, j'avais la sensation de voler. Dans le couloir, j'hésitai un instant. Valait-il mieux que je dorme sur le canapé ? Quelque chose me poussa à entrer dans la chambre. Tom regrettait certainement, comme après chaque dispute.
Sans un bruit, je me glissai sous les draps, près de lui. Il ne se réveilla pas, mais se retourna vers moi. Mes lèvres effleuraient son cou. Son parfum chatouillait sensiblement mon odorat, pénétrant jusque dans ma gorge pour mieux me brûler. C'est à ce moment que je décidai de partir.
Je ne réfléchis pas à ce que je fis. Si je le faisais, c'était fini. Vite, j'attrapai mon sac à dos favori, qui traînait au pied du lit. J'y fourrai quelques affaire, le strict minimum dont j'aurais besoin. Je descendis en trombe au rez-de-chaussée, me dirigeai vers la cuisine sans un regard en arrière. Si je le faisais, c'était fini. Je me forçai immédiatement à me focaliser sur ma résolution. J'ouvrai un des placards, attrapai deux, trois choses à manger à la va-vite, avant de fermer mon sac. Je me précipitai vers la porte. Je devais y arriver. Sur le seuil, j'hésitai. Une fraction de seconde qui aurait pu signer La Fin. Mais bien heureusement, ma raison l'emporta et je quittai l'appartement à grandes enjambées. Plus la distance entre lui et moi serait grande, moins j'aurais envie de revenir. Du moins, je l'espérais de tout c½ur. Si j'avais encore un c½ur... Je me mis à courir. Il fallait que je me concentre sur autre chose. Laisser mes pensées vagabonder au gré de leurs envies m'étais dorénavant impossible. Interdit.
Je courus longtemps, sans que la fatigue se fasse ressentir dans mon corps. J'en vins à me poser de plus en plus de questions sur cette force qui continuait de me porter. Toujours plus loin.
(( PDV extérieur ))
Lorsqu'il fut assez loin, elle se remit à le suivre, sans qu'il ne se doute de rien. Il était trop préoccupé, pauvre chou. Elle sourit. Il n'était pas au bout de ses peines. Heureusement, elle serait à ses côtés. Il en avait de la chance. C'était beaucoup mieux que d'avoir à supporter les ires de Nathanaël. Elle frissonna à cette seule pensée, mais revint vite à la réalité. La rue dans laquelle s'était engagé le jeune homme était familière. Bien trop familière. Le chemin qu'il empruntait s'offrait à elle comme une évidence à présent. Une horrible et tragique évidence. Elle s'arrêta. Il se dirigeait toujours dans la même direction. La pire des directions. Elle se remit en route, mais choisit de faire un détour. À quoi bon continuer de le suivre, Elle savait parfaitement où il allait. Elle parcourut rapidement les mètres qui les séparaient du luxueux appartement. Une fois à destination, elle sauta souplement sur le mur, au fond du jardinet. Les jambes dans le vide, camouflée par les ombres, elle patienta jusqu'à ce qu'il arrive enfin. Bien qu'elle fut certaine de son identité, la vision de son visage révélé par la lumière des lampadaires la choqua.
_ Bill, souffla-t-elle.
Elle le regretta aussitôt. Il l'avait entendu. Elle ne savait comment, mais il l'avait entendue. Il tourna la tête dans sa direction sans la distinguer réellement. Tout allait de travers cette nuit. Comment avait-elle pu gâcher ce qu'elle avait entrepris depuis tout ce temps ? Elle avait toujours voulu les tenir en dehors de tout cela. Il était trop tard à présent. Elle ne pouvait rien faire. Bill n'avait pas tergiversé longtemps sur ce qu'il avait entendu, il était rentré. Une nouvelle évidence la frappa alors. Elle n'avait pas à s'en faire. Ils se retrouveraient très bientôt.______________________________
Voici donc notre premier chapitre. Ce que nous attendons ? Ce n'est pas bien compliqué, nous souhaitons que vous donniez vos avis, qu'ils soient bons ou mauvais (dans un commentaire constructif si possible), en clair que vous réagissiez à nos textes. Un auteur aime à savoir que ses mots ne laissent pas insensible.
Mettons tout de suite les choses au point : pas de liste interminable de personnes à prévenir. Si vous souhaitez suivre EternElleYaoi, il vous suffira de laisser un commentaire sur chaque dernier article. Une dernière chose : Iléna et moi ferons de notre mieux pour poster régulièrement, mais avec les cours, c'est un peu compliqué d'écrire en permanence (j'imagine que nous ne sommes pas les seules dans ce cas, n'est-ce pas ?). En espérant vous faire rêver un moment,
SK.
Rien à rajouter. Iléna (qui a un tout petit peu participé à l'écriture de ce premier chapitre, donc les compliments iront à SK). En espérant que vous ayez passé un bon moment.
Iléna a quasiment écrit la dispute entière et elle a écrit un énorme passage du point de vue de Bill. Tout ce qu'elle me propose est merveilleux ! On peut la complimenter aussi ;D